Le dimanche 19 avril à 18h, à la Maison de la Poésie de Paris, je lirai des extraits de Paysages pauvres, en bonne compagnie. Merci à Chloé Delaume pour son invitation

Le dimanche 19 avril à 18h, à la Maison de la Poésie de Paris, je lirai des extraits de Paysages pauvres, en bonne compagnie. Merci à Chloé Delaume pour son invitation

I believe you are a genius, and would do anything for you. Please forgive me
le 1er avril. Le terril en arrière-plan n’est pas celui du roman, qui est à peu près 13 fois plus grand. C’est un terril format poche.

Je tiens à remercier Warp Records et tout particulièrement Beth Townsend de m’avoir fait confié la présentation de Lavender Networks, le premier album d’Angel Marcloid sur le label sous le nom de Fire-Toolz. J’ai beaucoup apprécié l’expérience : m’immerger dans l’univers d’Angel et travailler avec des consignes précises, ce qui est rare pour moi. Une des étapes de travail a consisté en une interview vidéo avec Angel, réalisée entre sa petite ville dans la banlieue de Chicago et ma propre petite ville dans le nord de la France. J’étais un peu tendue, mais Angel est si amicale, généreuse et d’agréable compagnie que j’ai passé un excellent moment. J’ai finalement dû réduire mon texte de 19 à 3 pages et renoncer à de nombreuses anecdotes et allégories savoureuses. On peut lire le résultat ici
Lavender Networks paraîtra le 8 mai.
Conception graphique : Meredith Guerrero
Photo : Alexa Viscius


Beaucoup de personnes FINTA* ce trimestre dans Revue & Corrigée. Pour ma part, j’y signe ma chronique habituelle, cette fois sur les « Beach girls et femmes des cavernes », mais on y trouve aussi un entretien croisé de deux compositrices françaises, Aude Rabillon et Erell Latimier, mené par Delphine Dora et moi-même.







Aujourd’hui, à l’occasion de mon service de presse, j’ai le bonheur de vous présenter Paysages pauvres, qui paraîtra le 16 avril au Castor Astral. C’est un essai poétique qui compile et agence 11 ans de notes prises en mouvement, en courant ou à vélo. Car cette année, je fête ma rencontre avec la course à pied : onze ans de pratique quasi quotidienne qui m’auront vue parcourir l’équivalent du tour du monde, soit à peu près 40 000 km. Pendant ce tour du monde zéro carbone et zéro protéine animale, j’ai observé, j’ai ressenti, j’ai réfléchi. Et voici l’atlas subjectif que j’ai tiré de l’expérience. Je suis très heureuse de cette première parution au Carstor et tiens à remercier tout particulièrement mon éditeur, Clément Ramos, pour son enthousiasme et sa confiance.



J’aurai le plaisir de lire des extraits de ce texte sur scène et en librairie dans les semaines et les mois qui viennent, seule ou en excellente compagnie – je vous en dis plus bientôt.
Je vais aussi préparer une page sur ce blog avec des photos illustrant les différents chapitres du livre, dont voici le sommaire :
avant-propos : vous êtes ici ………………………………………..9
bonjour …………………………………………………………………..13
la grande affaire ……………………………………………………..19
capitales ……………………………………………………………21
petite-capitale ……………………………………………………26
première unité d’observation ……………………………………31
contusion générale …………………………………………………39
signes extérieurs …………………………………………………41
des chips et des olives …………………………………………46
atavisme …………………………………………………………..48
ZUP ………………………………………………………………..50
piscines et trampolines …………………………………………….55
sémiotique du paysage pauvre ……………………………………61
une méthode spontanée ………………………………………63
un paradigme intime ………………………………………….67
catalogage …………………………………………………………83
une étrange nécessité ………………………………………………93
interprétations ………………………………………………………..99
toponymie ………………………………………………………101
cartographie de l’intime …………………………………….112
topographies du désir ……………………………………….116
palimpsestes réversibles ……………………………………..126
le bon envers …………………………………………………………133
l’arrière-monde ………………………………………………..135
points à relier …………………………………………………..144
précautions ……………………………………………………………149
instructions ………………………………………………………….155
collectivité territoriale ……………………………………….157
en famille et entre ami-e-s ………………………………….163
la frontière …………………………………………………………..169
la route …………………………………………………………………177
mythes …………………………………………………………………..185
carrément la campagne ……………………………………..187
nature peau chagr. ……………………………………………190
nature concept …………………………………………………196
resort ……………………………………………………………..201
presque la campagne …………………………………………215
patrimoine ………………………………………………………218
témoins tests …………………………………………………………223
disparitions ……………………………………………………………231
quelle histoire ………………………………………………….234
vaisseaux …………………………………………………………241
bingo ……………………………………………………………..246
un phare ………………………………………………………………..253
ergonomie ……………………………………………………………..261
centre-ville ………………………………………………………263
votre retail centre commercial …………………………….266
mobilité ………………………………………………………….282
I was here ………………………………………………………………291
Sources …………………………………………………………………….297
Alors que je descendais d’avion tout à l’heure, mon émission Basta Now spéciale L.A. passait sur LYL Radio ; on peut maintenant l’écouter ici.

(En photo, Micaela Tobin, aka White Boy Scream)
They say nobody walks in L.A. but they do, only they walk dogs so the dogs walk them – only they need an excuse to walk so they can smell the million flowers blooming in the streets, feel the sun wash their skins, and listen to the helicopters tracing curves in the spotless sky. They say everything is fun, only they walk dogs so they have a reason to talk to someone who also walks dogs in the boundless city. They walk with oat latte, with matcha, with kombucha in cups as big as bottles to make the walk last longer. When we pass each other, I smile at them: after all, we are electrons in the same particle accelerator. Some smile back. Our sorrow is as endless as summer.
LANA DEL REY – A&W
WHITE BOY SCREAM – Come
GENEVA SKEEN – Los Angeles Without Palm Trees
NOUR MOBARAK – Palm Fronds
CLAIRE ROUSAY – A Kind of Promise
MARLO EGGPLANT – Songed
LAURA SHUMATE – Gilded Lilies
JESSIKA KENNEY – Be So
KAITLYN AURELIA SMITH & SUZANNE CIANI – Closed Circuit
BETHAN KELLOUGH – Epilogue
LAUREL HALO – Sick Eros
MARY LATTIMORE & JULIANNA BARWICK – Rachel’s Song
JULIA HOLTER – Sea Calls me Home
MARAL – Setar Rock
MARGO GURYAN – California Shake
Je rentre aujourd’hui – j’atterris demain à 11h en France, si tout va bien. Je pars avec une liste de lieux que je voudrais voir ou revoir la prochaine fois, si la vie veut bien qu’il y ait une prochaine fois. J’aurais voulu longer encore une fois la L.A. River, retourner à Bee Rock. Les émotions que j’ai ressenties lors de certaines promenades me hantent encore, mais je sais aussi qu’on ne retrouve jamais le même saisissement, que la fascination n’est jamais aussi intense que la première fois, quoi qu’on mette en place pour essayer de la reconstituer. Ce matin, j’ai couru pour la dernière fois à Hollywood, je suis montée au sommet du mon cher canyon.

Voici les gens qui se trouvaient au sommet.


Et voici la vue depuis le creux du coude ; vous reconnaîtrez sans doute la forme que je montre d’habitude de nuit, avec les lumières de la ville au fond (aujourd’hui l’horizon, vous le voyez, était noyé dans le smog).


Et pour finir, cette inscription que l’on voit sur les trottoirs de divers quartiers en effet luxuriants.

De retour chez moi, qui ne le sera plus dans quelques minutes, j’ai fini mes préparatifs puis j’ai voulu écouter de la musique. J’ai appris, avec deux jours de retard, la disparition d’Éliane Radigue, qui m’a beaucoup attristée. Elle avait 94 ans et composait encore. Elle avait fini par dépasser en notoriété les vieux schnocks du GRM qui, à l’époque, la pensaient juste bonne à faire le café (et, comme elle le disait elle-même, qui l’avaient surtout laissée entrer dans leur cénacle parce que c’était une très belle jeune femme). Une de mes photos préférées d’elle reste celle-ci.

J’ai étudié le plan de la ville pendant une heure, au réveil, avant de me fixer un itinéraire et de m’y tenir. J’ai découvert à cette occasion que l’annonce du Airbnb était mensongère et que depuis une semaine je ne vivais pas à WH mais à Hollywood, youpi ! WH et ses hipsters, ça commence à 973 m de ma porte. Je suis allée à Downtown, sans surprise. Il y avait encore deux choses que je voulais faire. D’abord, je devais vérifier que le campement de mon personnage Janelle pouvait exister là où je l’avais situé – quelques centaines de mètres après la sortie du 2d Street Tunnel, qui figurait déjà sur mon intinéraire lors de ma promenade nocturne très flippante d’octobre 2024. (Kathryn ne savait même pas qu’on pouvait y passer à pied. On peut.)

Le 2d Street Tunnel est connu pour de nombreuses scènes de cinéma, notamment dans Blade Runner (Ridley Scott, 1982), Repo Man (Alex Cox, 1984, dont j’ai déjà parlé ici) et Independence Day (Roland Emmerich, 1996).

Voici la scène la plus violente à laquelle j’y ai assisté :

La deuxième chose que je voulais faire avant de partir, c’était prendre le métro aérien entre Pico Union et Cypress Park pour passer au-dessus de la L.A. River et aller voir sa petite soeur, l’Arroyo Seco – je n’avais pas le temps de pousser jusqu’au Colorado Street Bridge à Pasadena, ni d’aller voir à quoi ressemble Altadena depuis que les incendies l’ont réduite en cendres (JP me décrit des paons qui se promènent dans les décombres). Il faudra que je revienne.

L’Arroyo Seco.

Puis je suis retournée à Los Feliz, où j’avais rendez-vous avec JP pour le déjeuner. Juste en face du diner que j’avais choisi, j’ai croisé une amie d’amie (Claire, c’est spéciale dédicace pour toi) + Liz Taylor (ça alors, je parlais d’elle hier).

Et avant d’entrer dans le diner, j’ai levé la tête et voilà que je découvrais, sur la colline d’en face, la Ennis House que j’étais allée voir avec Laura la semaine de mon arrivée mais dont je n’avais pas réussi à prendre de photo satisfaisante de près. (Elle aussi apparaît dans Blade Runner, et dans bien d’autres films.)

Bref, voici le diner où j’ai donné rendez-vous à JP ; je l’ai choisi parce qu’il est proche d’Akbar, où elle travaillait cet après-midi et parce qu’une scène de The Hidden (Jack Sholder, 1987) y a été tournée.

Il y a quarante ans.

Aujourd’hui.

Et Kathryn, qui avait un déjeuner de travail ce midi, m’a fait la surprise de passer avec sa fille pour me dire au revoir. J’étais très émue. J’ai de la chance d’avoir rencontré ces deux phénomènes.

Ensuite, j’ai couru directement à Runyon Canyon pour ne pas manquer mon dernier coucher de soleil angeleno mais, en chemin, j’ai fait un petit détour pour vous offrir le château du jour, avec en prime une enseigne haute. Il apparaissait déjà dans le livret de mon expo Do Mi Si La Do Ré (que l’on peut télécharger ici).

Je suis arrivée là-haut ruisselante, les moustiques étaient heureux que je n’aie pas eu le temps de passer chez moi enfiler un pantalon et une cagoule. On devine sur la photo ci-dessous les deux ailes du canyon et les chemins par lesquels j’y monte (à gauche) et en descends (à droite – le chemin du milieu mène à l’aile gauche).

Je suis descendue lentement, savourant l’alternance d’air chaud et d’air froid car des courants traversent le canyon comme des courants marins, et les courants froids ont une odeur de vieux livres et aussi un peu d’église. Les chouettes étaient nombreuses et bavardes.


Je me suis arrêtée pour en enregistrer une. Je me suis dit Tiens, et si je la filmais ? Je l’ai fait, et voyez. C’est hollywoodien mais sans effets spéciaux.
Alors que j’avais presque atteint le bas du chemin, j’ai croisé le guitariste. Il était en retard et montait dans la nuit, sa guitare sur le dos, en courant et en chantant avec ce qu’il trouvait de souffle. Je lui ai dit au revoir aussi. Et maintenant, je vais essayer de dormir, en cette dernière nuit californienne. Je n’y crois pas trop parce que j’ai un-e voisin-e qui s’essaie aux claquettes avec des sabots de 6pm à 6am tous les jours que God fait, quelqu’un-e qui ne dort pas et ne sait pas rester assis-e. Ne me demandez jamais conseil dans vos choix de logements, sauf peut-être pour procéder par élimination.
J’ai erré. C’était mon avant-dernier jour complet à Los Angeles alors j’ai marché, marché, marché, un peu grimpé (le soir, bien sûr, mon nouveau rituel est d’aller regarder le soleil se coucher depuis le sommet de Runyon Canyon). Ce matin, je suis allée à Hollywood, en essayant de slalomer dans les petites rues pour ne pas voir que Hollywood Bvd – même si c’est assez amusant, en fait, ce qui se passe sur le Walk of Fame. Il y a des fans de personnages – ils ne vendent rien, ils se font juste plaisir.

J’ai d’abord marché sur Sunset Bvd et décidé de suivre un fil thématique sur les enseignes à l’américaine, que j’adore. On en trouve sur tous les styles de bâtiments – Googie, brutaliste, Beaux-Arts, Art déco, hispanisant, etc. D’abord, un motel désaffecté (où on découvre un cadavre dans L.A. Confidential de Curtis Hanson, 1997). Puis je vous laisse découvrir.






Je suis allée voir un lieu de tournage de Sunset Boulevard de Billy Wilder (1950) et sur mon chemin, j’ai rencontré un autre hôtel en forme de château, un peu plus kitsch que le Marmont : le Magic Castle.

Ce midi, j’ai écrit un moment et soudain je me suis dit, « Deux jours, meuf, lève-toi de ce tabouret immédiatement », et j’ai obéi. Je suis allée voir les studios Paramount et Hollywood Forever Cemetery. En chemin, j’ai rencontré une minuscule splendeur. On joue ? Regardez bien ce bel arbre à orchidées et dites-moi : Où est Colibri ?

Puis je suis retombée sur cet immeuble qui me fascine par sa taille écrasante et son absence totale de fenêtres sur les faces les plus larges. Scary. Je profite de ce que je vois le drapeau américain pour signaler quelque chose (j’oublie toujours) : on voit beaucoup à Los Angeles, y compris dans des lieux très officiels (genre La Brea Tar Pits), le drapeau de la Republique de Californie. So 19ème siècle.

Dans le cimetière des stars, je pensais voir la tombe de Liz Taylor. J’aurais aimé lui dire merci, pour les films inoubliables, pour la grâce, pour son soutien à la communauté LGBT. Elle est enterrée à Glendale, en fait. Mais j’ai vu des tortues aquatiques, des canards noirs américains aux magnigiques reflets bleu nuit, des écureuils comme partout ailleurs, des chats errants, des paons et, juste avant de partir, un paon blanc, qui passe ici devant la tombe de Johnny Ramone.

Et voici l’entrée des studios de la Paramount, côté Melrose, et leur château d’eau.


Je suis repassée chez moi, assez usée après tous ces kilomètres dans la chaleur (27° cet après-midi) et j’ai trouvé le courage de filer au sommet de Runyon Canyon, où 73 moustiques se sont jetés sur moi, heureux de me revoir. Il y avait le même guitariste qu’hier, celui avec qui j’ai vu voler une chouette. Nous n’étions que cinq ce soir, quatre femmes silencieuses (chacune venue seule) et lui qui jouait tout bas. Les moustiques m’aimaient tellement aujourd’hui que je devais donner l’impression d’avoir le syndrome de la Tourette alors je n’ai pas trop traîné.

J’ai de nouveau entendu plusieurs chouettes en descendant par la face ouest, et j’en ai même repéré une. On joue ?

Je vais vous avouer une chose : à mes yeux, Los Angeles est la plus belle ville du monde, d’une beauté qui tord le coeur – La Nouvelle-Orléans n’est pas mal non plus mais elle ne tord pas le coeur, elle est d’une beauté joyeuse alors que L.A. est d’une beauté mélancolique. Je sais, plein de gens la trouvent moche – et plein de gens appellent Paris, que je trouve super hyper moche, la plus belle ville du monde. C’est très subjectif. Pour moi, c’est L.A. la plus belle, avec sa végétation luxuriante, ses collines dentelées, ses animaux sauvages, ses millions de lumières dans la nuit, son architecture comme une pochette surprise de 1200 km², son fleuve de béton, ses arêtes nettes et ses aplats de couleurs, son mélange de splendeur parfois grandiloquente et de décadence. Je l’aime. Ses habitant-es, j’en suis moins fan. Son vacarme, même chose. Ses inégalités sociales, je n’en parle même pas.