Me voici déjà presque à la moitié de mon séjour. Aujourd’hui je me suis efforcée d’aimer Venice et de ne pas détester Santa Monica ; la première tentative a été plus fructueuse. D’abord, je liquide la partie SM. Je n’ai pas pris de photo pour ne pas risquer de me retrouver en garde à vue mais je me suis demandé ce qui pouvait amener sept voitures de police + des flics à vélo devant la station de métro Santa Monica Downtown. J’ai passé une partie de l’après-midi à travailler à la bibliothèque de la ville, sise à 300 mètres de mon antre dégueu (je ne pense pas tenir une semaine ici ; malgré l’encens que j’ai acheté, l’odeur me soulève le coeur). La bibliothèque est très mignonne et lumineuse ; j’y retourne demain, elle n’est ouverte que trois jours par semaine, j’en profite. Nous étions une quinzaine sur les grandes tables en bois de la salle d’études ; les deux tiers d’entre nous étaient des sans-abri. Je me suis sentie bien dans mon texte, surtout quand j’ai rembobiné mon Elysian Park pour en décrire quelques bribes.
Une seule photo de SM aujourd’hui. J’aurais pu choisir les banyans (je ne me rappelle pas avoir vu cet arbre auparavant, du moins en vrai) mais j’ai envie de raconter quelque chose de spécifique à propos de la côte. C’est que les gens ont l’air de passer la journée à faire une seule chose. Par exemple, le jeune homme à droite et deux de ses amis ont passé toute la journée à peindre cette fresque.

Les chiens passent leur journée à promener des humain-es (les pauvres pauvres choux au bout de leurs laisses minuscules),

les écureuils à faire des bêtises.

Les surfeurs ont bien l’air d’attendre la vague plus qu’ils ne surfent.

Les grands cormorans et les aigrettes digèrent en ondulant de la gorge sur les canaux de Venice.

Les canaux de Venice – j’en ai déjà parlé en 2022 – sont devenus un lieu touristique et les résident-es plantent des panonceaux de mise en garde à tous les coins de leur jardinet pour nous prévenir que nous sommes filmé-es, que si nous pénétrons dans leur propriété, ils répondront par les armes.

On est loin de La solitude est un cercueil de verre de Ray Bradbury (1985), qui décrivait le quartier comme un lieu inquiétant et décati, et loin des rares films de femmes des années 70 et 80, des séries B que j’aime beaucoup telles que The Working Girls de Stephanie Rothman (1974) ou Love Letters d’Amy Holden Jones (1983), qui s’y situent en grande partie. Love Letters a d’aillleurs été tourné dans la maison où habitait Amy Jones à l’époque ; c’est là que vit Jamie Lee Curtis dans le film. J’ai pris une photo de la maison mais bien sûr c’est la plus floue du jour donc tant pis, je ne ferai pas un avant/après. Voici trois images de Love Letters tirées de ma captothèque. Vous pouvez déjà comparer avec le Disneyland du dessus…

Une image de The Working Girls :

Face aux canaux, on trouve encore des maisons très mignonnes

et, plus loin, quelques bus qui servent d’habitat. Comme le disait hier la chauffeuse de mon Uber, tout change d’une seconde à l’autre à Los Angeles. On est en sécurité et quelques mètres plus loin, c’est trop tard, on est en danger, ou alors, d’une rue à l’autre, on passe de chic à défavorisé – ce qui vaut même pour Beverly Hills, ajoutait la jeune femme, mais je le savais déjà puisque j’ai visionné Slums of Beverly Hills (slum, taudis) de Tamara Jenkins (1998). Elle-même dit qu’elle s’en tire bien grâce à ses quatre jobs, elle vit dans un entre-deux sans avoir besoin de se marier comme beaucoup, qui n’ont guère d’autre option. Je lui ai raconté avoir vu un dessin humoristique le matin même, où une femme dit à son mari, « Je n’ai pas les moyens de te quitter », ça l’a beaucoup amusée.

Les fresques sont omniprésentes à Venice. Voici ma préférée du jour – un détail seulement puisqu’un foutu pick-up était garé devant. Ici, la moitié des voitures sont des 4×4 ou des pick-ups. Je profite de cette digression automobile pour vous dire qu’il y a un nombre invraisemblable de voitures sans chauffeur ; en moyenne, je dirais que dans une file d’attente au feu rouge, il y en a au moins une. Comme dit mon Antique, chez moi c’est plutôt les voitures sans permis qui courent les rues (quand je suis arrivée à Lens, avec mon amoureuse on s’amusait à les compter pendant nos promenades). C’est intéressant, des taxis sans chauffeur dans un pays où le chômage n’est manifestement pas un problème.

Quand le soleil se couche à Venice, les sans-abri installent leur campement pour la nuit ; leurs tentes et leurs bâches ourlent littéralement la promenade, où les Musclor continuent de parader torse nu, tranquilles sur leurs rollers, leurs vélos, leurs trottinettes, et les queues de cheval continuent de se balancer au rythme de la foulée des filles en lycra. Mais il y a aussi quelque chose de touchant : beaucoup de personnes, de tous les âges et genres, s’arrêtent pour regarder le soleil se coucher. C’est comme un culte silencieux (en parlant de culte, ici les boutiques de pierres, d’encens, de talismans, etc. sont plus nombreuses que les boulangeries en France – c’est ma soirée digressions). Certains chiens ont même l’air heureux, dans le crépuscule californien.

























































































