Il Manifesto

Merci infiniment à Lucrezia Ercolani pour cette interview dans le numéro spécial Nouvel An du magazine italien Il Manifesto ; on peut la lire en ligne ici, un simple clic et on a la traduction… Me voici sur la même page que mon héroïne Jenny Hval 🙂

LYL Radio

Pour mon mix du Nouvel An, que l’on peut écouter ici, j’ai fait une sélection de morceaux sortis en 2025 car, même si cette année a été terrible pour la plupart d’entre nous, les non-dominants, il y a eu de la beauté malgré tout – dans la musique, les paysages, l’amitié, etc. Je serais ingrate si je ne disais pas combien je suis reconnaissante à 2025 de m’avoir envoyé quelques anges, dont une amie telle qu’on n’en rencontre que deux ou trois dans une vie, une complice de chaque instant, qui met de la lumière dans ce monde si dur. Je vous souhaite à tou-tes une bonne année 2026

A l’honneur dans Basta Now, cette fois, une autre de mes amies, Sabina Leone, qui se produit sous le nom d’Héloïse et dont le tubesque Rubbish Rubbish achève le mix sur une note d’espoir et de rébellion.

BASTA NOW: LUCKY NUMBERS

my friend says this is a universal year 1
she knows about new cycles new moons bright mornings
and I believe everything she says cause
it keeps me warm keeps me hoping keeps me dancing
in the twilight of our civilization
I wish all of you non-dominants a friend like mine
a happy new year and a lucky number

AYLU – Cometierra
BRIDGET FERRILL – Domschatzkammer
MAUD ZEINOUN – Oublie
MARIOLINA ZITTA – Concert for bats – Sonorous serpentine stones, bat calls, voice overtones, shingle, stalactites, brook
ZAHRA HAJI FATH ALI TEHRANI – My Hole Self
ELIANA GLASS – Good Friends Call Me E
HILARY WOODS – Taper
SILVIA TAROZZI – Code
SUSANNAH STARK & BAND – Mu choinneamh, ri taobh (feat. Cinderflame)
CHE VUOI – Le Petit bandonéoniste
OHYUNG – Crush
LIA KOHL – My Kitchen, Chicago
KARA-LIS COVERDALE – Boundlessness
HELOÏSE – Rubbish Rubbish

Revue & Corrigée

Le dernier numéro de Revue & Corrigée est arrivé. À l’honneur ce trimestre dans ma chronique « Brouillon Permanent », Sissel Vera Pettersen, Randi Pontoppidan, CTM (Cæcilie Trier Musik), Sissi Rada, Meriheini Luoto, Berlinde Deman, Claire M Singer, IKI (ensemble composé de Kamilla Kovacs, Anna Mose, Randi Pontoppidan – encore elle -, Johanna Sulkunen, Guro Tveitnes) et Bridget Ferrill.

COMMENT SE PROCURER R&C ?

1/ Par abonnement (ici) : c’est la voie royale, qui permet, à vous, de recevoir la revue dès sa sortie, et à nous de la publier :

Tarifs 2025 pour 1 an/4 numéros, port compris pour la France : 25 euros

2/ Au numéro (7€), dans nos points de vente attitrés : Souffle Continu et Librairie Parallèles à Paris ; Intra-Musiques à Strasbourg ; Le Bal des Ardents à Lyon ; La Cave 12 à Genève.

3/ Au numéro, dans toutes les bonnes librairies (comme au Centre Pompidou, au Palais de Tokyo ou au Monte-en-l’air à Paris ; Les Modernes à Grenoble ; Autour du monde à Metz ; Préférences à Tulle ; Filigranes à Bruxelles ; Humus à Lausanne etc.). Si votre libraire ne l’a pas, il peut le commander pour vous.

4/ Au numéro toujours, en le commandant en ligne aux Presses du réel.

Boomkat charts

Cette année encore, Boomkat m’a fait l’immense honneur de me demander mon top 10 des albums parus en 2025 – je dirais à vue d’oeil que nous sommes une centaine à participer. Merci Shlom de m’avoir incluse. J’ai d’abord fait une liste de 117 albums (uniquement de femmes, personnes trans et non-binaires) puis je l’ai réduite à 37 (nombres premiers forever), non sans douleur car j’ai dû laisser de côté un certain nombre de splendeurs. Pour voir tous les charts, c’est ici

Mon top 37 :

Jenny Hval, Iris Silver Mist

Meriheini Luoto, Talven uneen vaipuen

Elizabeth Davis, There’s Always a Strawberry Hut

IKI, BODY

Berlinde Deman, Plank 9

tangent mek, IMMUTABLE TRAVELER

Claire M Singer, Gleann Ciùin

Catu Diosis, Anyim

Carla Boregas & Anelena Toku, Fronte Violeta

Valby Vokalgruppe, Solids For Voices

Suzan Peeters, Cassotto

Marina Mello, Deságua

Karen Willems, A Fool’s Guide to Reality

Bridget Ferrill, Domschatzkammer

Mariolina Zitta, Concert For Bats, Voices And Natural Sounds

Kara-Lis Coverdale, Changes in Air

Héloïse, Rubbish Rubbish

Ethel Cain, Perverts

Yaz Lancaster, After

Marie de la Nuit, Transportées

Iko Chérie, Soft Centre

Dania, Listless

Sofie Birch & Antonina Nowacka, Hiraeth

Katie Porter, Conversation No. 1 / Collecting Rocks from the Places We’ve Been

Hilary Woods, Night CRIÚ

Content Provider, Endless Summer

Khushboo Jain, I just don’t want to give up

Tati au Miel, Tati au Miel

Violeta García IN/OUT

Delphine Dora & Ayami Suzuki, Kagome Kagome

ARBORE, Aboyer au mauvais arbre

Sixsixsevenfortyseven, Wounded Dogs

Claire Rousay, A Little Death

Concepcion Huerta, El Sol de los Muertos

Sara Persico, Sphaîra

Aylu, Fobia

Eliana Glass, E

Rubbish Rubbish

J’ai noué des liens amicaux avec certain-es musicien-nes autour de Basta Now – soit qu’iels y aient figuré depuis le début soit qu’iels aient rejoint mon recensement après m’avoir écrit, quand je ne les avais pas encore croisé-es au cours de mon incessante veille. Il y a quelques mois, mon amie Sabina (qui se produit sous le nom d’Héloïse) m’a demandé si j’accepterais d’écrire les notes de pochette de son EP Rubbish Rubbish. J’avais eu l’occasion de l’écouter en avant-première et avais suggéré le label CAF?, qui avait décidé de le sortir ; il semblait donc logique d’être en quelque sorte la marraine du EP. Ainsi, une boucle était bouclée puisque, comme je le racontais ici, c’est Sabina qui a recommandé Permanent Draft à Karen Willems, dont nous avons sorti un album cette année. Si je suis marraine de son EP, Sabina est par ailleurs devenue celle de Basta Now rouge puisqu’elle a tenu à me rémunérer pour ce petit texte – ce qui m’a aidée à rémunérer notre graphiste. Pour lire mes notes de pochette, écouter Rubbish Rubbish et vous le procurer, c’est ici.

Voici le clip du titre éponyme. Les premières images rendent à Basta Now un hommage qui m’a beaucoup émue.

Basta Now 2

Cette version augmentée (80 pages plus épaisse que la première édition) comprend une liste de 3 867 noms, des listes et discographies étendues, ainsi que des chapitres mis à jour mais, je tiens à le préciser, pas de nouveau chapitre. Il s’agit d’une édition limitée de 500 exemplaires. On peut commander le livre ici mais je veux attirer votre attention sur le fait qu’une nouvelle taxe exorbitante sur les commandes depuis l’étranger, Europe incluse, est désormais collectée directement par les facteur-ices ; je l’ai constaté quand j’ai reçu des cadeaux d’ami-es (si c’est 10€ la cassette et 14€ le vinyl, je ne veux même pas savoir ce qu’un livre de plus de 500 g peut coûter). Alors quoi ? Alors faites pression sur vos disquaires et librairies préférés pour qu’ils les commandent…

Villa Glovettes, 2

Une résidence de création est un espace-temps suspendu en marge du réel, une capsule hors du flux ordinaire de nos vies. Pendant quelques jours, quelques semaines, voire quelques mois, des lieux et des personnes que nous découvrons deviennent notre monde. Des amitiés parfois improbables se nouent avec une intensité proche de l’ivresse, des amitiés qui pour certaines n’auraient pu éclore dans aucun autre contexte. Chaque fois que je quitte une résidence, c’est un déchirement. Il faut dire au revoir à des lieux et à des personnes dont on n’est jamais vraiment assuré-e qu’on les reverra un jour, même si on se le promet. Dans les cas les plus extrêmes, quand l’intensité des liens est très forte, j’ai l’impression de mourir un peu le jour du départ. Je meurs à un monde pour retourner à celui que j’ai construit ailleurs. Pendant les quelques jours qui suivent, je ne sais plus vraiment où est ma place. C’est ce qui m’attend cette fois encore, car mon séjour à la Villa Glovettes était assurément une de ces expériences intenses. Aujourd’hui, j’ai marché quatre heures pour dire au revoir à divers endroits que j’ai particulièrement aimés, je patinais dans la neige et une ampoule de la taille d’une mandarine dardait derrière mon pied gauche et je pleurais, je riais, les souvenirs flottaient autour de moi, avec une beauté mélancolique semblable à celle de la neige qui tombait des sapins en brume blanche. Bien sûr, c’est devenu un moment métaphysique.

J’ai pensé à Knoxville, Summer of 1915, rhapsodie lyrique de Samuel Barber sur un texte de James Agee : « By some chance, here they are, all on this earth; and who shall ever tell the sorrow of being on this earth, lying, on quilts, on the grass, in a summer evening, among the sounds of the night. May God bless my people, my uncle, my aunt, my mother, my good father, oh, remember them kindly in their time of trouble; and in the hour of their taking away » (c’est un enfant qui parle).

J’ai pensé à A Song for Europe de Roxy Music, où Bryan Ferry chante en français : « Tous ces moments / Perdus dans l’enchantement / Qui ne reviendront / Jamais ».

Parmi ces moments qui ne reviendront jamais, quelques promenades avec mon amie Éléonor. Le premier jours de ma session de novembre, nous avons gravi la montagne jusqu’au Pas de l’OEille (1960 mètres, soit un dénivelé de 700 mètres depuis les Glovettes), un col dont je parle dans mon roman en cours d’écriture.

Quelques images prises en chemin :

Un peu de neige résiduelle jouait à la noix de coco.

Et quand nous avons atteint la crête, nous avons découvert non pas un paysage mais une mer de nuages. Nous étions en t-shirt, dans la neige, dans le ciel. Partager une expérience comme celle-ci avec un autre être humain est fou. Pour moi, du moins, ça l’est.

Nous avons aimé la manière dont la neige soulignait les détails des sapins.

Le lendemain, nous sommes retournées au Col Vert où, cette fois, nous n’avons pas débouché dans un nuage (cf. session d’octobre).

Au col, nous avons vu passer plusieurs bouquetins puis Éléonor a mangé sa salade de pâtes sur un banc quand, soudain, un autre mâle est apparu. Peu après, nous avons vu deux étagnes et un cabri qui tentaient de rejoindre ces messieurs bouquetins.

Les jours suivants, la neige est tombée sans discontinuer. Nous avons tout de même marché, une fois en compagnie de Lola, l’une des deux mascottes de la Villa Glovettes (l’autre est un chat roux, Gus, qui erre beaucoup – des témoins l’ont croisé au Col Vert, à 1650 mètres d’altitude). Lola aime plonger la tête dans la neige, ça lui va bien.

Nos ami-es commun-es de Grenoble Gaëlle et Manuel sont venu-es passer le week-end aux Glovettes. Nous somme allé-es à la cascade, qui était en grande partie gelée.

Éléonor, Manuel, Gaëlle et moi, à notre avantage.

Le dimanche soir, Éléonor est rentrée à Grenoble avec Gaëlle et Manuel ; sa résidence était terminée. C’était en quelque sorte une fin pour moi aussi. Éléonor est assurément la compagne de rando idéale pour moi – comme je n’en avais eu que deux dans ma vie.

Après son départ, je me suis promenée seule ou avec ma copine Lola.

J’ai erré dans des paysages abstraits.

Hier, j’ai fait ma première marche en raquettes avec Hélène, Agathe, Zoé, Clément, Théophile et Lola.

Nous étions à Lans-en-Vercors. Là aussi, après 700 mètres de dénivelé, nous avons pu contempler une mer de nuages sur les deux versants.

Versant est.

Versant ouest.

Nous avons pique-niqué dans la neige, juste sous l’arête, au soleil ; il faisait – 3°. J’adore les premières fois.

Demain je descendrai à Grenoble, où je retrouverai Éléonor, et cette fois il faudra vraiment se dire au revoir. En marchant cet après-midi, j’ai dit au revoir à Villard-de-Lans, au revoir à la cascade de la Fauge, au revoir à mon chemin préféré, au rocher du serpent, à l’arête du Gerbier, au Pas de L’Oeille, au Prey des Prés, ça m’a donné un plus grand vertige qu’hier quand je me tenais au bord du précipice, avec vue sur les Alpes de l’autre côté de la mer blanche. Demain, il faudra dire au revoir à Agathe, à Sarah, à Zoé. Je n’ai pas pu dire au revoir à Marie, ma daughter de coeur, retenue à Dijon. Je me demande quand je la reverrai, où dans ce vaste monde.

LYL Radio

Mon nouvel épisode de Basta Now sur LYL Radio est maintenant en ligne. Il a pour titre Over the clouds et il est dédié à la Villa Glovettes. Vous pouvez l’écouter ici

you would say it’s lonely
at the mountain top
where there is no trash
– no human trace
but the path itself –
where the strong wind sweeps
shreds of clouds across
the smooth rock of the ridge
none of our deeds is
known & none matters

(Claire M Singer)

Tracklist :

ELIZABETH DAVIS – Couldn’t Help It
CLAIRE M SINGER – Cairn Toul
SUZAN PEETERS – Mucci
BERLINDE DEMAN – Tales of a Silhouette
GIBRANA CERVANTES – Moving Through Our Waters
ELINA BOLSHENKÓVA – Moonage Daydream / сон в лунном свете
DANIELLA LJUNGSBERG – The Carrier (I touch its cold)
MERIHEINI LUOTO – Hitaasti haukotellen
MARINA MELLO – Ponto de vista
CARLA BOREGAS & ANELENA TOKU – Clarão
KAREN WILLEMS – A Ballad, Anywhere, Anytime
VALBY VOKALGRUPPE – Prime Solid
CATU DIOSIS – Vocal Realm
TATIANA PARIS – Grand duc
EL HARDWICK – The Queer Art Of Slowness
OQBQBO – Rei

Les Instants Chavirés

J’ai eu l’honneur de présenter Basta Now aux Instants Chavirés cette semaine en compagnie de Louise Barrière, dans le cadre des cycles de conférences Reflexio. Merci à Catherine Guesde et Matthieu Saladin pour leur invitation, à l’équipe des Instants pour son accueil, aux ami-es musicien-nes qui sont venu-es en soutien, notamment Gaël Ségalen et Méryll Ampe, merci surtout à Floy Krouchi pour sa participation.

Voici mon texte de présentation :

« Les femmes, personnes trans et non-binaires en musique expérimentale sont-iels des chimères ?

Dans les interstices de l’histoire, dans les marges des programmations, de la presse musicale et des discussions avisées aux buvettes des festivals, dans l’ombre des grands hommes, dans les recoins des grandes institutions créées par et pour les grands hommes, derrière les rideaux, sous les radars, que voit-on bouger ? Ce sont des femmes, personnes trans ou non-binaires qui œuvrent dans le mêmes domaines que les messieurs sur la photo, sur la scène, à la programmation – des domaines très vastes où l’on pourrait penser qu’il y a de la place pour tous les genres. Pourquoi cette différence de traitement au 21ème siècle ? Qu’est-ce que l’oreille vient faire là-dedans ? Faut-il continuer d’attendre à la porte des studios ou créer nos propres réseaux ? »

(Je suis sur la même affiche que Red Brut, dont je suis siii fan…)

Ici en compagnie de Floy – nous écoutons un extrait d’une de ses pièces. Merci à Gaël pour la photo